COLIN (P.)


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COLIN PAUL (1892-1985)

L’affichiste Paul Colin a vécu son enfance et son adolescence dans l’effervescence créatrice qui animait à cette époque sa ville natale, Nancy, l’un des centres de l’Art nouveau. Désireux de devenir peintre, mais soucieux de concilier sa vocation et les inquiétudes de ses parents qui veulent le voir exercer une activité stable, il entreprend des études d’architecture à l’école des beaux-arts de Nancy.

À la veille de la guerre, il fonde une revue avec Jean Lurçat, La Vache enragée . Après sa démobilisation, il s’installe à Paris et donne des dessins à plusieurs revues, notamment à Fantasio .

Un de ses amis étant devenu administrateur du théâtre des Champs-Élysées, il reçoit en 1925 commande de l’affiche de «La Revue nègre», qui allait être l’un des événements culturels majeurs des années vingt. Et l’on peut affirmer que l’affiche, créée à cette occasion par un débutant, allait non seulement contribuer au succès du spectacle, mais marquer l’histoire de l’affiche. Cette œuvre, qui représente une danseuse — en l’occurrence Joséphine Baker — et deux autres membres de la troupe au premier plan, est l’une des plus grandes réussites de l’«art déco» dans la mesure où les «déformations» cubistes rendent admirablement le rythme du jazz, nouveau à l’époque. Ce succès devait faire de Paul Colin l’un des maîtres de cérémonies des «années folles». Il fut notamment l’organisateur du Bal nègre (1927). À cette occasion, il créa une nouvelle affiche, plus convaincante, plus harmonieuse que celle qu’il avait réalisée pour la Revue. Désormais, son talent de publicitaire devait s’exprimer dans les grands portraits-affiches que nombre d’artistes lui commandent: Wiener et Doucet, pour leur numéro de piano à quatre mains du Bœuf sur le toit, Serge Lifar, Damia... et les affiches de théâtre dans lesquelles il manifeste un tempérament dramatique qui contraste singulièrement avec sa réputation d’affichiste des «années folles». Paul Colin élargit rapidement son activité en réalisant des décors et des costumes pour le théâtre, le ballet et le cinéma.

Placer des artistes comme Colin, Cassandre, Charles Loupot sous l’étiquette «art déco», c’est gommer un peu rapidement leurs différences. Paul Colin, en effet, se sert des éléments anguleux du cubisme pour signifier des rythmes, des ruptures, des irruptions... Il n’hésite pas à abandonner ces moyens s’il ne les juge pas appropriés au sujet qu’il doit traiter: dans ses portraits de femmes, en particulier (Cora Madou, Diana, Damia...), il sait adoucir sa manière pour souligner la sinuosité d’une silhouette. Toutefois, il se rapproche de ses deux confrères dans la mesure où il est, comme eux, contraint à situer ses sujets en fonction de l’accélération du mode de vie. Cassandre vante aux yeux de l’«homme pressé» — pour reprendre le titre d’un ouvrage de Paul Morand — l’utilité de l’accélération dans les déplacements en chemin de fer et en bateau, dans la diffusion des nouvelles par la presse; Charles Loupot représente de manière synthétique les personnages et les objets destinés à être perçus par des passants pressés, eux aussi, et par des automobilistes; Paul Colin, lui, sait suggérer une musique dans une image, condenser une émotion dans un portrait. Tous trois visent à donner une vue «en raccourci» des services, des produits de consommation et des loisirs.

À la Libération, Paul Colin fait une apparition dramatique avec une affiche au caractère monumental, La France délivrée , œuvre sans texte qui symbolise à merveille un combat collectif. Elle fut placardée sur les murs de Paris encore en proie aux combats entre les troupes allemandes et les résistants. Dès cette époque, il va faire preuve d’un goût particulier pour les «grands sujets», à caractère humanitaire. Son affiche tragique, Varsovie accuse (1945), pourrait avoir été réalisée par un graphiste polonais, tant elle témoigne de l’identification de l’artiste au drame de tout un peuple. À partir de 1950, Paul Colin tient de plus en plus à affirmer qu’il est peintre avant tout et que l’affiche est, pour lui comme elle l’était pour Chéret, la forme moderne de l’art mural. Il avait excellé pendant les années vingt et trente à faire ressortir la théâtralité des spectacles et des artistes; dans les années quarante et cinquante, il essaiera de conférer cette théâtralité aux événements de la vie même en utilisant le plus souvent, pour les exprimer, l’image allégorique d’une femme grandie par l’épreuve.

En 1926, Paul Colin avait ouvert un atelier qui fut actif jusqu’en 1970 et dont certains élèves s’appelaient Bernard Villemot ou Herbert Leupin.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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